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Comment nettoyer un cheval en papier ? La délicate restauration d'un modèle Auzoux de 150 ans

Le GUM et l'UGent prennent soin d'une collection patrimoniale très précieuse. Les deux institutions suivent en effet de très près la santé de leurs pièces. Parfois, une restauration s'impose lorsqu'une de ces pièces fait grise mine. Une étape importante pour que les générations futures puissent elles aussi profiter d'un patrimoine unique. À l'occasion de l'ouverture du nouveau musée, le GUM a ainsi fait restaurer l'une des pièces maîtresses de son exposition permanente : le modèle anatomique d'un cheval, réalisé par le médecin français Louis Auzoux au dix-neuvième siècle. Eliza Jacobi, la restauratrice de Studio Papier, nous donne ici un aperçu exceptionnel des coulisses du processus de restauration.

25.
01.
2021
Histoires

Fin 2019, j'ai eu l'occasion de travailler sur un projet exceptionnel : la restauration d'un cheval en papier ! Ou plus précisément d'un modèle anatomique de cheval en papier mâché. Ce superbe modèle a été fabriqué par le médecin français Louis Auzoux au dix-neuvième siècle. Après une longue carrière en tant que modèle pédagogique, le cheval a atterri dans la collection académique du GUM et de l'UGent. Là, il a pu entamer une nouvelle vie, cette fois comme pièce phare de la collection permanente. Mais une restauration en profondeur s'avérait d'abord nécessaire. Et c'est ainsi que le beau cheval d'Auzoux a atterri dans mon atelier. 

Le secret du docteur Auzoux

Le docteur Auzoux (1797-1880) est devenu mondialement célèbre pour ses magnifiques modèles animaux et humains entièrement démontablesIl a été le premier à utiliser du papier mâché à grande échelle. C’est un matériau dur et solide qui permet d'assembler des modèles à partir de pièces détachées. Le papier mâché résiste également très bien à la chaleur et à la déformation, contrairement à la cire, par exemple. 

Lorsqu’on examine un tel échantillon de papier au microscope, on remarque rapidement que le docteur Auzoux n'utilisait pas du papier mâché pur, mais un mélange de papier déchiré, d'amidon, de craie, de chanvre et de poudre de liège. La pâte ainsi obtenue était coulée dans un moule, pressée, puis séchée. Auzoux appliquait ensuite des couches de pigment ainsi qu'un liant, de la colle de poisson, sur les pièces. Les nombreuses couches de pigment et de colle de poisson finissaient par donner une représentation fidèle de la chair, des muscles et des vaisseaux sanguins. Pour faire les veines, il enroulait du fil de fer dans de la fibre de lin et des bandes de papier peintes, comme dans ce cas-ci sur le modèle du GUM. 

Un cheval en pièces détachées

Un premier examen du cheval m'a appris qu'il comptait 14 pièces. J'ai ensuite ouvert la moitié supérieure du corps grâce aux charnières situées au niveau de la queue. Les organes internes se trouvaient bien à leur place dans la cavité abdominale. J'ai poursuivi mon exploration et ai sorti un par un les différents organes du ventre. J'ai même pu détacher la jambe avant gauche et la tête. Tous les éléments étaient numérotés, comme c'est habituellement le cas avec les modèles Auzoux. Ces numéros servent normalement à chercher le nom de chaque élément dans le livret qui accompagne le modèle. Malheureusement, le livret du cheval a été perdu.

Le cheval de Troie

Le modèle était couvert d'une épaisse couche de crasse et de poussière. La peinture qui donne ses si jolies couleurs au cheval s'écaillait à de nombreux endroits, et avait tout bonnement disparu à d'autres endroits, révélant ainsi les couches de papier sous-jacentes. Les veines sur la face extérieure du ventre étaient abîmées et certaines étaient partiellement décollées. Mais je me suis rendu compte que la saleté et la poussière s'étaient aussi accumulées à l'intérieur, dans la cavité abdominale et sur toutes les pièces internes ! Il semblerait que le modèle soit longtemps resté ouvert ou bien que les organes aient été exposés séparément. La conservation et la restauration promettaient d'être longues et fastidieuses.

La restauration

J'ai fait appel à plusieurs très bonnes collègues : Claire Phan Tan Luu, Ilse Korthagen et Françoise Richard. Pour le processus de conservation, nous avons commencé par éliminer la poussière et les saletés non tenaces de la surface extérieure du modèle à l'aide d'un aspirateur doté d'un embout spécial et d'une petite brosse. Ensuite, nous sommes passées à un nettoyage à l'eau avec des éponges et des pinceaux. Nous avons utilisé de l'eau glacée pour éviter que les couches de gélatine (colle de poisson) et de vernis ne se dissolvent. Nous avons ainsi pu le nettoyer et lui rendre son bel éclat légèrement mat. Le nettoyage à l'eau n'a cependant fonctionné que pour l'extérieur du modèle. L'intérieur du cheval était tout simplement trop sale. Une technique de nettoyage plus intensive était donc nécessaire. Après plusieurs essais, notre équipe a opté pour de l'éthanol dans une solution de gel. Cela a merveilleusement bien marché. 

Nous avons en même temps également recollé la peinture écaillée avec un mélange de colle. Nous avons appliqué de la pâte à papier recouverte d'une feuille de papier japonais là où la peinture était manquante. À certains endroits, nous nous sommes contentées d'ajouter du papier japonais que nous peignions ensuite. Nous avons retouché les zones restaurées à la pâte à papier avec de la peinture à l'eau pour dissimuler notre intervention. 

De nos mains, nous avons lentement ramené le cheval d'Auzoux à la vie. Les couleurs ternies ont retrouvé leur éclat et les structures disparues sont redevenues visibles.

Science et beauté

Aujourd'hui, le cheval d'Auzoux resplendit à nouveau au GUM. Vous pouvez l'admirer sur la table centrale du thème MODEL de l'exposition. L'écran interactif vous permet d’ouvrir le cheval virtuellement pour jeter un coup d’œil à l'intérieur. Le cheval montre ainsi aux visiteurs comment les scientifiques construisaient des modèles simplifiés de la réalité. Et prouve par la même occasion que la science se rapproche parfois de l'art. 

Photos :

  • Karin Borghouts (photo scénographie cheval)

  • Eliza Jacobi (photos restauration)

  • Martin Corlazzoli (photos visiteurs)

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